Un petit retour dans la prairie

18 Mai

Attention, révolution culturelle dès demain sur M6.

Alors que la chaîne devait définitivement arrêter la diffusion d’une des plus fameuses séries télévisées qui soit, les mobilisations de telespectateurs, internautes, et autres lecteurs de télé Star, avaient finalement eu gain de cause et remporté à grands coups de pétitions, courriers passionnés et autres chantages au suicide, l’espoir ouvert et permis de voir La petite Maison dans la Prairie, conservée pour de futures re-puissance 40-diffusions.

Ce ne fut bien évidemment pas immédiat, car il n’est nul besoin de donner au payeur de redevance et auditeur de publicité, l’impression d’assouvir ses plus vifs désirs ou tout simplement de répondre à son impérieuse demande, au plus vite. Il faut sûrement savoir se laisser désirer, et peut-être même de cette façon, conférer à Laura Ingalls la puissance d’impact d’une rock star retirée en plein retour (Jeane Mas, si tu nous lis…). Il va également sans dire qu’il était, ces deux ou trois dernières années durant, primordial de remplir les cases des grilles de programmation: quatre épisodes de John Doe ou True Calling à la suite le dimanche; une diffusion anarchique et entrecoupée de NCIS, les suprêmes téléfilms allemands du début d’après-midi; des reportages élimés, délavés à force de recyclage au travers des différents proclamés « magazines d’information »… devaient indispensablement asseoir leur place.

Mais enfin voici que tant de patience et d’obstination portent leurs fruits et qu’il nous est donné de revoir et dès le début et pas à pas l’installation de la famille de pionniers dans le village de Walnut Grove.

Car, n’en déplaise à ses détracteurs, La petite Maison dans la Prairie, c’est un peu comme un bon vieux disque, qui ne lasse pas malgré les années, toujours agréable à écouter / regarder de temps en temps au delà des modes et des buzz alentours. C’est aussi le côté « madeleine de Proust », qu’on apprécie, l’impression miroir de feuilleter des albums de famille en voyant grandir des personnages que l’on s’est appropriés, notamment la protagoniste, dont on a fait la connaissance, en tant qu’enfant intrépide, et qui devient progressivement jeune institutrice mariée et maman (musique de violons).

un « avant – après » digne des meilleures pages de relooking des magazines féminins

avant

après

(mais où est donc passé le chien???)

Et s’il demeure des réfractaires au style, si d’avoir vu et revu des images que vous considérez comme vieillotes et obsolètes, je ne peux que vous suggérer d’apporter un autre regard sur cette histoire, et la manière dont elle est tournée, pour l’opposer, par exemple, à sa fidèle accompagnatrice, celle de quasi-toujours, car régulièrement diffusée juste avant, Ma Sorcière Bien-Aimée.

Pardon? Rien ne vous choque, ne vous étonne? Et comment ça, c’est incongru? Certes, le sujet n’est pas le même. Loin s’en faut. Il est cependant tout à fait amusant de voir comment un scenario se déroulant dans les années 60 met en exergue une femme au foyer, et qui doit durant une dizaine de saisons s’astreindre à brimer ses principales capacités par abnégation envers son époux, et s’ateler avec grand plaisir aux joies du ménage et de la tenue du foyer familial (là où le légendaire balai de la sorcière prend tout son sens);

swiffer

… alors que d’un autre côté, un feuilleton situant une famille vivant en pleine campagne en fin de dix neuvième siècle avec Caroline, maman de nombreux enfants (oui parce qu’initialement, il y a Marie, la sage aînée, Laura, leur petite soeur Carrie, et suivront Grâce, Albert, le petit garçon adopté après avoir été ramené de la ville par les Ingalls, comme d’autres ramènent des porte-clefs estampillés tour Eiffel, ainsi que les jumeaux récupérés après la mort de leurs parents dans un accident de charette -manque de réalisme en revanche trop évident puisque le taux d’alcoolémie n’a jamais été vérifié), montre aussi bien un art culinaire merveilleux et gère les récoltes de légumes, la vente des oeufs (mais si, souvenez vous, auprès de la perfide Madame Oleson, qui mégotait régulièrement sur leur taille), et une activité de sage-femme, sautant de sa loooongue chemise de nuit et de son bonnet-charlotte à sa looooongue jupe et sa capeline en plein milieu de la nuit, pour assister le brave Docteur Baker. Elle évoluera même jusqu’à un poste de cuisinière au sein du restaurant de -toujours elle, mais que ferait-elle sans Caroline- Madame Oleson.

Alors de là à parler de féminisme, pour une série qui était censée centrer l’histoire autour de Laura, malgré une gloire régulièrement évidente au personnage interprété par le producteur, Mickael London, soit Charles Ingalls, qui a vu cette petite héroine mettre à mal combien de fois les garçons de son école -elle courait plus vite qu’eux!-, sans compter le petit Willie Oleson, il n’y a qu’un pas. En effet, les femmes y tiennent une place généralement importante, de Laura, justement, qui travaille comme institutrice, à Marie, qui malgré sa cécité, oeuvre parfaitement dans son école pour jeunes aveugles, en passant par la fameuse Harriet Oleson, qui gère son commerce, et ensuite son restaurant, d’une main de fer; si ça, ça n’est pas du féminisme avant gardiste!!! Que vous faut-il? Alors à quand le matage de m6 en optique sociologique? Parce qu’après tout…

girl power

Et pour tout une multitude de raisons, aussi nombreuses sûrement que les diffusions déjà avérées de La Petite Maison dans la Prairie, parce qu’on adore détester Nellie Oleson et compter sur le papa Oleson pour remplir au mieux son rôle DU gentil de la famille-peste et contrebalancer tant bien que mal avec la pouffiasserie de son épouse et de ses enfants, parce qu’on jubile de voir Laura exploser et se risquer à toutes les bêtises possibles et inimaginables, on va goûter du plaisir de retrouver, et ce dès demain midi, cette galerie de personnages.

Bon, il est bien évident que peu d’entre nous auront le loisir de se poser entre midi et deux, devant la télévision, maaaaaaaaais la chaîne pense à nous, et nous propose comme pour l’ensemble de son contenu, de retrouver la programmation sur M6replay… (Meci M6, pour le coup! Et je vous enjoins à établir vos remerciements aussi, histoire d’encourager la manoeuvre! et puis ça me fera des commentaires)

5 Réponses to “Un petit retour dans la prairie”

  1. unefilleordinaire 18 mai 2008 à 8:21 #

    Moi je l’aime Nelly.

    Sinon ici, nous avons la preuve incontestable que le français est totalement réfractaire à la nouveauté et l’évolution.

    En gros, je connais par cœur ce truc.

    En bref, je peux aller me pendre.

    AMEN.

  2. Eponyme 20 mai 2008 à 7:15 #

    Ben moi j’ai jamais vu « La petite maison dans la prairie ». Je sais même pas qui est Nellie Oleson (enfin, si, à force d’en entendre parler).
    Par contre j’ai lu les bouquins, ‘sont pas mal.

  3. la pomme (tu sais, la vraie !!) 20 mai 2008 à 8:40 #

    et bah moi, je n’aime nelly qu’à la fin, quand elle devient gentille. Mais d’une certaine façon, je l’aime aussi en peste car c’est grâce à elle qu’on peut voir la génialitude (mot inventé par moi) de laura. Une de mes scènes préférées ? Quand laura la fout dans la boue et qu’elles se battent!! Non seulement elle met une raclée à nelly avec sa robe du dimanche, mais en + almanzo vient la réconforter et lui prête son peignoir (ce qui ne plaît pas à charles si je me souviens bien!)
    bref, pour moi, c’est VRAIMENT une série culte qui mérite ses rediffusions, et dieu sait si je ne suis habituellement pas fan des rediff incessantes (des téléfilms allemands sur M6 par exemple!!)
    Malheureusement, mes horaires ne collent plus…

  4. Poloch 21 mai 2008 à 10:18 #

    J’aime Nellie, mais surtout ses cheveux en fait. Elles avaient des su-pers robes aussi dans cette série !

  5. lespagesdecarmel 22 mai 2008 à 4:54 #

    La fille ordinaire: tu es d’une cruauté! Mais n’as tu point lu mon argumentaire? Et les valeurs de travail, de famille, le féminisme, la tradition, les personnages attachants?🙂 (bon, de toutes manières, comme toujours, il y a d’autres chaînes, hein, au pire)

    Eponyme: j’ai beaucoup aimé les livres aussi, on gagne à les lire, surtout qu’ils sont beaucoup plus proches de la véritable histoire de Laura Ingalls Wilder (oui, parce qu’elle a existé pour de vrai).

    La Pomme: ah enfin quelqu’un qui a le sens des valeurs! Si tu ne peux pas voir les épisodes, M6 replay!

    Poloch: oui je flashais aussi sur les robes et les jolis cheveux de Nellie, Laura et Marie. La quintessence de la féminité aux yeux d’une petite fille!

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