De l’intérêt limité de l’anatomie de Grey

9 Juin

Réjouissez vous téléspectateurs, ce soir, nous avons rendez vous avec la série qui concourt pour le titre de la plus inutile du paysage audiovisuel.

Dans la lignée de Urgences, et cartonnant sur le principe des séries médicales sur-plébiscitées telles que Scrubs ou Docteur House, Grey’s Anatomy, dont le nom est une référence au livre Gray’s Anatomy, écrit par John Gray, avec un clin d’oeil à l’identité de la protagoniste, la passionnante Mérédith Grey, nous plonge dans l’univers des blouses et des stéthoscopes, un univers de couloirs blancs et de termes incompréhensibles, où les patients sont avant tout prétextes à anecdote et à réflexion existentielle pour les internes, et autres personnages de la série.

On l’a dit, le personnage principal de ce programme est Mérédith, une jeune (elle ne trahit pas les 40, heu pardon, 36 ans de l’actrice, soit un âge tout à fait normal pour une étudiante en chirurgie), dont nous suivons les déboires sociaux, familiaux, amoureux, professionnels, sans jamais devoir nous lasser ni de la narration fleuve et monocorde (c’est peut-être la version française, ceci dit, j’avoue m’être contentée du programme diffusée sur TF1) semblant tirer des leçons et conclusions de chaque épisode, ni de l’éternel regard de chien battu qu’aborde le-dit personnage.

miss grey

la joie de vivre personnifiée

L’histoire, donc, tourne autour de l’existence tragico sentimentale de Mérédith Grey, et force est de constater que les saisons s’enchaînent en remaniant à outrance un schéma de ruptures à répétition et d’amour impossible avec celui qui occupe la place de « beau gosse » du feuilleton, le docteur… (l’auteure de ce blog vous prie de l’excuser pour son absence momentanée, légitimée par la nécessité d’effectuer quelques recherches afin de pourvoir à la documentation de cet article) Derek Sheperd! Ce dernier étant bien évidemment un supérieur hiérarchique, puisque le filon autorise certains rebondissements et états d’âme sirupeux chers à nos personnages. Alimentant toujours les clichés du genre, la série nous propose un bellâtre brushé jusqu’à ce qui ressemble à une parodie, à l’oeil humide et quasi larmoyant.

Mais loin de s’arrêter en si bonne route, les scénaristes nous offrent une galerie de figures stéréotypées, telle l’ambitieuse interne cynique voire caustique, le jeune énamouré un peu pataud mais bon copain, la bimbo qui veut prouver qu’elle vaut mieux que son 90C, la chef autoritaire et intransigeante (mais qui, en réalité, a bon coeur, au fond)… qui se croisent, se déchirent, se réconfortent, et comble de l’action, se paient le luxe de réfléchir. Bon, rassurez-vous, cela demeure certainement d’un niveau qu’une personne devant passer sa journée à mobiliser ses capacités intellectuelles pour découper de la chair humaine peut conserver d’aptitude à affûter son regard sur le monde, et les relations interpersonnelles et l’éventualité d’une prise d’antidépresseurs. Et là, on entre encore d’avantage dans le vif du sujet; et ce sont des situations des plus rocambolesques ou des plus fades, c’est selon, qui nous entraînent dans un méli-mélo de juxtapositions de discours niais et sans consistance répétés tels des leitmotivs, ou de propos royalement incongrus et tout à fait surréalistes.

En résumé, Grey’s Anatomy incarne à merveille la célébration du néant qu’on peut éventuellement prendre plaisir à suivre comme pour une majorité de séries, mais j’avoue ne pas comprendre dans quelle mesure ce programme justifie d’un engouement tel que celui qu’il peut connaître depuis sa diffusion, outre Atlantique comme ici.

9 Réponses to “De l’intérêt limité de l’anatomie de Grey”

  1. Alison 9 juin 2008 à 9:48 #

    J’avoue…c’est tellement vrai! Il était temps que quequ’un l’écrive!Personnellement je qualifie cette série (après avoir vu tous les épisodes, mea culpa d’une fille qui vit sans tv mais bénéficie de prêts de dvd en tous genre des copains bienfaiteurs) de série « pour dépressifs ». Les épisodes heureux y sont vraiment de courtes durée quand on y regarde bien, et on en sort rarement requinqués…Malcolm et Scrubs en force!

  2. Eponyme 9 juin 2008 à 9:54 #

    J’aime pas non plus.
    Mais je n’aime aucune série médicale, fut-ce « Urgence » ou « Dr House ».

  3. unefilleordinaire 9 juin 2008 à 11:17 #

    Carmel, épouse moi.

  4. lespagesdecarmel 10 juin 2008 à 7:42 #

    Alison oui, ça ressasse de « je vais bien » « si, si, je vais bien » conçus en sorte de ne pas être convaincants, bien sûr, puisque tout va mal.
    Eponyme, je te suggère Scrubs, dans ce cas, peut-être n’aimeras tu pas, mais il est évident que tu pourras constater une NETTE différence avec les autres séries médicales. D’ailleurs, j’y consacrerai un article ici.
    Unefilleordinaire, oui, et nous ferons plein de critiques sur Grey’s Anatomy, Lost, 24heures chrono, Desperate Housewives, Kyle XY… toutes ces séries qui jouissent d’un succès que j’ai du mal à comprendre!
    Mais d’ailleurs justement, j’aimerais bien que quelqu’un vienne m’expliquer le pourquoi du comment de la popularité du programme.

  5. Véro 10 juin 2008 à 9:24 #

    Si tu trouves quelqu’un qui t’explique, tu pourras m’expliquer aussi coz là, moi aussi j’avoue ne pas très bien comprendre …

    Ceci expliquant partiellement celà: j’ai du mal à être accro aux séries…

  6. Roxane 27 août 2008 à 11:04 #

    Moi, j’adore cette série, désolée pour vous… 🙂 Je sais qu’elle est un peu facile, mais j’y peux rien. Ca fait partie des peu des choses « digérables » que je puisse voir le soir, après le travail. Mais très bonne analyse, en tout cas.

  7. lespagesdecarmel 3 septembre 2008 à 9:50 #

    Roxane, merci, j’ai à peine forci le trait, il faut avouer que le fond n’est pas faux! J’admets ceci dit en fin de post, qu’elle peut être tout à fait agréable à regarder (en fin de journée, oui, par exemple). J’avoue apprécier, par moments, les envies de baffes que me procure la névrosée – protagoniste.

  8. la pomme 6 mai 2009 à 2:57 #

    j’adopterai ici le point de vue de roxane.
    certes, l’analyse est parfaite cher carmel, mais il n’empêche que la série est pour moi très divertissante !
    et la pauvre mérédith, avec la vie de merde qu’elle a aussi, on peut comprendre qu’elle soit casse-******* ! Moi, celui qui m’énerve le +, c’est ce pataud de Georges que tout le monde trouve tellement gentil…

  9. lespagesdecarmel 22 mai 2009 à 11:00 #

    Le problème c’est que c’est du profond pathos un peu vulgaire et que chaque personnage est tout à fait caricatural!

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