Voici venu le temps… du 20 ans qu’on attendait tant … il était temps

19 Mai

(Vous allez me dire, ce sujet a un mois de retard. Et je vous répondrai, … que c’est vrai. Et puis voilà.)

20ans, c’était l’échappatoire à la presse niaise et la transition idéale entre les magazines féminins typiquement axés jeunesse tels que Jeune et Jolie, Girls… et des titres plus « adultes » (encore que, disons; revendiqués comme tel et en tous les cas ouvertement destinés à des femmes actives et non des adolescentes) et bien plus axés mode, conso, comme le rayon presse féminine en regorge – Biba, Cosmo, Glamour…

Pour beaucoup de jeunes femmes, à l’âge ou tranche d’âge un tant soit peu plus étalée que les fameux « 20 ans », le magazine en question représentait une rare concentration d’ironie, de second degré qui faisait sa force et s’opposait naturellement au ton trop policé, usité et parfois béat des autres titres. Enfin! Une revue qui ne s’extasiait pas devant la dernière starlette en vogue, n’affichait pas une cinquantaine de pages modes à prix inaccessibles par exemplaire, enfin un mag dont le lectorat avait compris que non, on ne pouvait pas tomber enceinte en s’embrassant, même avec la langue, et attendait autre chose que trente astuces pour soutirer une augmentation d’argent de poche à ses parents pour pouvoir aller acheter un paquet de cigarettes, ou des solutions pour faire garder bébé à la reprise post congé maternité.

Bref, une bonne dose de légèreté pour qui voulait se distraire et non se complaire dans le grotesque des pages Biactol et de leurs romans photos pubères à fleur de peau, et zapper la culpabilisation liée aux milliers de suppléments régime ou « fashion pour être parfaitement trendy ».

Alors, bien sur, 20ans abordait les thèmes récurrents chers à ces dames et demoiselles, la beauté, la mode, les people, les hommes, les mères, les copines entre autres dossiers plus « sérieux » sur l’anorexie, la condition des femmes au fin fond du monde et tout type de révoltes sans lesquelles être jeune ne serait pas,… être jeune (bloqueurs d’universités, si vous me lisez, petite dédicace).

Mais, il savait faire preuve d’un cynisme d’abord à même de vous décontenancer, lorsque vous commenciez par lire le courrier des lecteurs, par exemple, et auquel vous goutiez ensuite sans déplaisir, en en redemandant au fil des rubriques telles que le JT d’Anne de Pétrini  ou l’analyse du mois, qui dézingait la personnalité que beaucoup rêvaient de voir passée au vitriol (avec entre autres réussites un appel poignant au boycott de Mariah Carrey).

En somme, il ne réduisait pas la femme, et particulièrement la lectrice de presse féminine, à une écervelée obsédée par ses enfants ou son petit copain à qualifier de pseudo parfaitement tarte, à une greluche frustrée prête à tout pour ressembler à une gravure de mode ou une publicité pour soin amincissant sans jamais y parvenir, une personne inculte se délectant du dernier Kinsella comme de la télé réalité du moment, sans jamais aucun recul.

Bref, 20ans c’était bon à prendre de 15 à 30 ans.

Mais un jour, ce fut le drame. Point de 20ans dans les kiosques à sa sortie mensuelle normale, et des buralistes qui ne savaient que répondre, démunis face à la détresse des jeunes et dynamiques lectrices qui les relançaient ou en faisaient le tour…

C’était fini.

Peut-être que toute bonne chose a une fin, quoi qu’il en soit les semaines et mois se sont écoulés en démontrant que ces quelques pages avaient rejoint celles de feu Isa au panier des abandonnés de la publication. Une sombre histoire de groupes de presse et rachats, remaniement des catalogues de titres, laissant toute une chacune dans le désarroi, face aux nouveaux bulldozers du féminin, Public, Closer, si freluquets, si creux, si chers, si éphémères et sans saveur…

Mais un beau jour…

Alors que plus personne ne l’espérait, alors que vieillies de quelques années, les assidues avaient fait leur deuil soupirant de cette touche de lumière dans leurs lectures, feuilletant ça et là du Cosmo et se gaussant de blogs modes, la rumeur naquit, et se répandit sous forme d’information: « il » revenait. Et le sentiment général était similaire à celui suscité par le grand come back d’une rock star tapie dans l’ombre depuis une demie décennie. Une impatience mêlée d’appréhension: et si ce n’était pas à la hauteur? FORCEMENT la question à se poser, forcément un doute à nourrir sur la possibilité d’égaler un bon niveau.

article_20ans

Et à raison…

Le premier exemplaire n’était pas encore sorti ni peut être même imprimé, que déjà la blogosphère entrait en émois suite à la révélation balancée sur le site du quotidien 20minutes (<- ceci est un lien). Et là tout le monde de découvrir en lieu et place de la renaissance annoncée d’un culte, une sorte de vaste supercherie visant à reprendre un titre pour y planquer une vague parution, digne version papier du skyblog collectif d’une  huitaine de lycéenes voire collégiennes. Une rédaction sous payée effectuée par des internautes plutôt que de vrais professionnels du journalisme, ça, c’est certainement pour la touche qui colle au près de la réalité, enfin sans doute. A leur tête, une rédac chef de 19ans, ni plus ni moins. Alors, non, ne crions pas tout de suite au génie de la demoiselle et ne nous pâmons pas devant la volonté de mettre en avant de jeunes talents, car placer la première stagiaire venue à ce poste en lui faisant miroiter une expérience journalistique (écrire pour 20ans! voyons! une chance unique) ne relève pas du grand pari risqué pour un magazine qui ne dispose même pas de locaux et qui réalise ses réunions via MSN…

En bref, des conditions d’écriture, et de réalisation qui n’auguraient rien de bon, tant par leur aspect bouts de ficelle que le manque de professionnalisme dont on a pu prendre conscience.

Cela intègre en partie les raisons pour lesquelles je me suis procurée le dit numéro du retour, sorti le 11 avril de cette année. Paradoxalement, peut-être, et peut-être aussi n’est il pas bon d’encourager ces pratiques sus-énoncées en se montrant client. Ceci dit, la reprise d’un magazine avait à mon sens quelque chose « d’évènementiel » et demandait à ce que j’en conserve une empreinte: ce numéro, il est collector.

Et d’autant plus que si les choses se poursuivent un tant soit peu dans la même lignée, peu suivront. Qui pourra se targuer d’avoir de nombreux exemplaires de 20ans version 2009 si l’audience est conséquente à la qualité? J’aspirais à voir de mes propres yeux une telle production et un travail si décrié, et je fus -rapidement- servie.

Et si je m’étais attendue à retrouver un minimum l’essence de mes plus jeunes années, j’aurais été bien déçue et prête à me jeter dans la Garonne. Ceci dit, j’espérais AU MOINS voir sauvegarder un minimum de cohérence, quelque chose qui tienne la route et nous dispense de fautes d’orthographe malheureusement dignes d’une génération sms dont nous nous passerions de l’influence, merci. En outre, je n’imaginais même pas arrondir de tels yeux devant les articles d’une platitude abrutissante rédigés dans un style des plus grotesques… Quelques exemples? La page 8, en l’occurrence celle des idées cadeaux, où chaque suggestion s’accompagne de : « pour qui? les bichettes! /les Momans! /les Papounets! /Chérichou! ». Véridique. C’est digne de « bibounet veut vous présenter Moman et Popa! Oh! Que faire? », ou des pages consacrées à la fashion week et aux défilés des plus grands créateurs agrémentées de « bien entendu toutes les pièces présentées ici ne sont pas à acheter »… Ah, tant mieux! Je tiens à dire, heureusement qu’une journaliste blogueuse de 18 ans m’a prévenue que je n’étais pas dans l’obligation de souscrire à toute la collection Jean Paul Gauthier, Chanel ou Chloé… Rassurée je suis! Mais le pathétique ne s’arrête pas là et s’infiltre dans chaque photo lamentablement caricaturale et sans intérêt, tellement niaise, des photos débusquées dans je ne sais quelle médiathèque en ligne gratuite; ou un premier degré ô combien consternant au fil des articles archi creux que sont « la guerre des filles », « questions de filles, réponses de mecs », ou de l’ensemble de la rubrique sexo.

En résumé? Du sous-girls, du sous Jeune et Jolie, déjà que ça ne vole pas très haut… En résumé, quel dommage. Pitié, ne réaménageons pas les restaurants sympathiques en kebabs et laissons le travail de journaliste… aux journalistes.

7 Réponses to “Voici venu le temps… du 20 ans qu’on attendait tant … il était temps”

  1. Gazelle 19 mai 2009 à 7:24 #

    toutes les bonnes choses se perdent ma bonne dame, c’est scandaleux!

    (heureusement y nous reste le vin)

    • lespagesdecarmel 25 mai 2009 à 1:26 #

      Pas d’article sur ton blog sur le sujet?

  2. Alison 22 mai 2009 à 11:17 #

    Excellent!!! tu me le prêteras??! je suis pas sure de vouloir l’acheter😉 !!!!

    • lespagesdecarmel 25 mai 2009 à 1:23 #

      ASAP!

  3. la pomme 25 mai 2009 à 5:07 #

    j’ai presque de la peine pour toi, quand je me souviens à quel point ce magazine t’était cher…

  4. Rose from Thule 2 juin 2009 à 8:58 #

    Ah, j’avais zappé le retour de la revanche de 20 ans.

    Soupir.

    C’était toute ma jeunesse.

    (Rose, accro aux mags de greluche since 1989)

  5. lespagesdecarmel 3 juin 2009 à 6:43 #

    Et bien je dirais toutes chevilles gonflées, qu’il y en a d’avantage dans mon post, que dans le dit 20ans. Alors de là à dire que finalement, tu n’as pas zappé grand chose… hum… Quoique, il reste amoncellement d’exemplaires (invendus?) en kiosques, hein, me semble t’il. Si jamais. (c’est collector te dis je)

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